Des centaines de musicals se jouent tous les soirs dans le monde. Voci une liste (non exhaustive) des musicals - et de quelques autres spectacles - présentés dans quelques lieux où ils ont la prédilection.

1.1. Les opérettes françaises

1.1.1. Aux origines

1.1.1.1. Les basses comédies.

Elles se basaient sur des chansons populaires bien connues dont elles changeaient simplement les textes! La plus connue, et le meilleur exemple, est The Beggar's Opera (L'opéra des Gueux) de John Gay (1728), un conte scandaleux avec des voleurs et des putains, où alternent les musiques de bar et les airs qui font penser à des compositeurs tels que Händel et Purcell. (Pour lire l'extrait d'une scène: cliquez ici). Combinant satire politique et sociale, la comédie de Gay suggère que les voleurs et les politiciens camouflent leurs péchés derrière des prétentions sociales semblables.

Peinture basée sur The Beggar's Opera, Scène V, William Hogarth, env 1728
   
John Gay
L'auteur de The Beggar's Opera  B.

       

À une époque où les spectacles qui avaient du succès se jouaient moins d'une semaine, The Beggar's Opera a été joué 62 représentations: le record du nombre de représentations de l'époque (on est très loin des trois décennies de Les Misérables).

Et ce record va tenir pendant plus d'un siècle! Le gouvernement a tellement été inquiet de l'impact que pouvait avoir les traits comiques de John Gay qu'ils lui a interdit de faire un nouveau spectacle, étouffant de ce fait ce qui a pu être le commencement d'une nouvelle tendance de théâtre musical.

1.1.1.2. Les hautes comédies.

Certains auteurs plus ambitieux ont offert des comédies pour lesquelles, cette fois, ils écrivaient de vraies musiques. L'histoire était le plus souvent romantique et les personnages appartenaient aux hautes classes sociales.

The Bohemian Girl, de Michael Bafle, créée en 1845, est l'exemple typique de ce type d'œuvre. Elle raconte l'histoire de la fille d'un noble anglais qui est enlevée par des bohémiens. Elle chante un magnifique aria: "I Dreamt That I Dwelt in Marble Halls." La musique de ce type d'œuvre est proche de l'opéra mais les chants sont plus proches de ce que le peuple attend.

Ces spectacles étaient sans conteste les ancêtres des musicals tels que nous les connaissons aujourd'hui. Mais on peut dire que c'est Jacques Offenbachqui va permettre au genre 'musical léger' de devenir un mode important d'expression artistique...

 

1.1.2. Jacques Offenbach à Paris.

Au milieu du XIXème siècle, tout producteur de spectacle de scène à Paris avait à affronter un terrible concurrent: le gouvernement français. En effet, pour être sûr que rien ne fera de l'ombre à l'opéra, sponsorisé par l'Etat Français, une loi limitait les productions musicales indépendantes: un seul acte, pas plus de deux personnages (limite qui après de nombreuses protestations sera portée à trois!). Un compositeur a réussi à développer une création cohérente, malgré ces interdictions drastiques. Il s'agit de Jacques Offenbach.

Né à Cologne d’un père musicien

Né en 1819, Jacques Offenbach est le septième des dix enfants d’un professeur de musique de Cologne et chantre de synagogue, originaire d’Offenbach-sur-le-Main. Une origine allemande dont il lui sera fait reproche au moment de la guerre de 1870, tandis que les Prussiens l’accuseront toujours d’être bien trop "pro Français "…

Le père de Jacques détecte très tôt les talents musicaux de son fils, l’encourage à se produire en public et pour finir l’emmène à Paris. Admis en 1833 au Conservatoire de Paris après bien des difficultés (la prestigieuse école est interdite aux étrangers), il en part dès 1834, trouvant qu’on s’y ennuie et qu’on n’y apprend rien. Pour vivre, il obtient une place de violoncelliste dans l’orchestre de l’Opéra-Comique et assure sa formation de compositeur "sur le tas", en écoutant tout ce qui se joue à Paris.

Pas à pas vers l’opéra

En 1837, Offenbach commence à faire jouer ses valses, avec succès. Il compose aussi avec Flotow des morceaux de salon qu’il joue dans les hôtels particuliers parisiens et qui assurent sa notoriété. Il écrit aussi de petites scènes chantées qui plaisent, donne à Londres une série de concerts appréciés (et dont le succès lui permet d’épouser enfin la femme aimée), fait jouer des poèmes chantés… En 1850, il devient pour cinq ans le directeur musical de la Comédie-Française mais ne rêve que de l’Opéra-Comique, dans lequel il cherche, en vain, à se faire admettre. Finalement, fatigué de voir cette scène refuser ses œuvres, il commence à rêver d’un théâtre bien à lui.

La naissance des Bouffes-Parisiens

En 1855, au moment de l’exposition universelle, il réussit à obtenir la concession d’une baraque placée sur le parcours des visiteurs de l’exposition. Il emporte l’affaire en proposant au ministre de créer un nouveau genre de divertissement "de nature à plaire aux intelligences cultivées et à la masse des spectateurs". Baptisé Bouffes-Parisiens, le théâtre ouvre le 5 juillet. La salle est minuscule (cinquante places inconfortables) mais les pièces d’Offenbach y connaissent un succès fulgurant! Comme c'était l'habitude à l'époque, le billet donnait droit à un lever de rideau, une pantomime, deux opérettes en un acte, dont Les Deux Aveugles. Cette opérette incluait deux mendiants qui se faisaient passer pour aveugles. La plupart de ces "mini-musicals" avaient trois chanteurs et parfois un artiste supplémentaire, ce qui demandait une permission spéciale du gouvernement.

Après la fermeture de l’exposition universelle, Offenbach transfère son théâtre passage Choiseul, dans des locaux plus vastes. Cette nouvelle salle est inaugurée le 29 décembre 1855 avec Ba-Ta-Clan, une "chinoiserie musicale" qui fait un triomphe. Offenbach écrit beaucoup pour son théâtre: une trentaine d'œuvres en un acte jusqu'à Orphée aux Enfers. En 1856, il lance un concours d'opérette dont les lauréats sont Bizet et Lecocq.

Offenbach monte aussi Rossini et Mozart. Il parvient à élargir peu à peu son privilège jusqu'à pouvoir donner un opéra bouffon en deux actes et quatre tableaux, le 21 octobre 1858, Orphée aux Enfers. Les 228 représentations d'affilée de cette œuvre qui, sous le masque de l'antiquité, parodie les mœurs contemporaines, prouvent qu'Offenbach est devenu le musicien à la mode. Il est naturalisé Français en janvier 1860 et reçoit la Légion d'honneur en août 1861.

Si Geneviève de Brabant obtient moins de succès en 1859, Offenbach réussit l'année suivante à débuter sur les scènes officielles. À l'Opéra, le ballet Le Papillon est très bien accueilli mais, à l'Opéra-Comique, une cabale fait tomber lourdement l'audacieux Barkouf (opéra 1960). La collaboration avec Scribe, qui a écrit le livret et qui devine en Offenbach un nouvel Auber, n'a pas protégé le musicien des jalousies de ses confrères.

Blessé, il prend sa revanche douze jours plus tard avec la Chanson de Fortunio, acclamée aux Bouffes-Parisiens. A cette époque, il fait un premier voyage à Vienne où sa musique connaît une grande vogue (phénomène qui donnera naissance à l'opérette viennoise). Au début de 1862, Offenbach abandonne la direction des Bouffes-Parisiensqui s'avère ruineuse. L'été, il entame avec Bavard et Bavarde (actuellement appelé Les Bavards) une collaboration régulière avec le Kursaal à Bad Ems, station thermale mondaine proche de Coblence. Huit oeuvres y seront créés jusqu'en 1867.

L'année 1864

1864 est une année capitale pour Offenbach. En février, l'Opéra de Vienne crée ses Rheinnixen, "grand opéra romantique". Ce n'est qu'un simple succès d'estime. À Paris cependant, le décret sur la liberté des théâtres ouvre de nouvelles salles au musicien, notamment les Variétés où est créée le 17 décembre 1864 La Belle Hélène. Cet opéra bouffe - d'une extraordinaire liberté - inaugure une période de succès ininterrompus. Les librettistes Meilhac et Halévy et les artistes Hortense Schneideret José Dupuissecondent admirablement le génie du compositeur. L'opéra bouffe devient un véritable phénomène de société, le symbole d'une époque. Toute l'équipe de La Belle Hélène participe le 5 février 1866 au succès de Barbe-Bleue, un nouveau chef-d'œuvre.

Cette même année 1866, Offenbach, Meilhac et Halévy s'installent avec La Vie parisienne au Palais-Royal, le théâtre de Labiche. La pièce est si audacieuse qu'au fil des répétitions, l'inquiétude gagne la direction, les interprètes et même les librettistes. Tout le monde doute, sauf Offenbach. La première, le 31 octobre, lui donne raison car, dès ce soir-là, le succès est prodigieux et tout Paris court admirer dans ce miroir impitoyable une image que les auteurs ont déformée seulement en apparence.

Offenbach a su utiliser au mieux une troupe habituée à chanter les couplets des vaudevilles et que renforce pour l'occasion Zulma Bouffar, engagée pour créer le rôle de Gabrielle. La Vie parisienne continue à enthousiasmer le public pendant l'Exposition universelle pour laquelle le trio a écrit La Grande-Duchesse de Gérolstein créée aux Variétés le 12 avril 1867.

En cette année 1867, Offenbach est joué sur cinq théâtres parisiens à la fois, en particulier à l'Opéra-Comiqueoù l'on donne son Robinson Crusoé.

En 1868, Le Château à Toto ne convainc pas totalement au Palais-Royal tandis que l'équipe victorieuse des Variétés récidive le 6 octobre avec La Périchole, opéra bouffe grinçant, voire désespéré.

Les rivaux d'Offenbach, Hervé et Lecocq, remportent eux aussi des succès sans parvenir pourtant à le détrôner: en 1869, alors que Vert-Vert est joué à la Salle Favart, La Princesse de Trébizonde, le 7 décembre et Les Brigands, 3 jours plus tard, confirment sa domination.

La guerre franco-prussienne remet toutefois en cause la carrière d'Offenbach qui, de par ses origines et ses succès sous l'Empire, est un bouc émissaire idéal. Sa musique jugée "décadente" est accusée d'avoir démoralisé les Français et on lui reproche des liens avec le pouvoir impérial qui n'ont jamais existé.

En tout cas, si le nouveau climat moral né de la défaite oblige Offenbach à changer sa manière, les quarante partitions créées de 1871 à 1881 prouvent qu'il est toujours aussi fécond sous la République.

 

L'après 1870

Après Boule-de-Neige (1871), nouvelle version de Barkouf, Offenbach se tourne vers le genre de la féerie, au Théâtre de la Gaîté qu'il dirige de 1873 à 1875. Le Roi Carotte (1872), Orphée aux Enfers remanié (1874), Geneviève de Brabant (1875) également remaniée, Le Voyage dans la lune (1875) sont à la fois des pièces à grand spectacle et des opéras bouffes. Mais ces ouvrages sont très coûteux à monter: quasiment ruiné, Offenbach doit abandonner sa direction et accepter, en 1876, une éprouvante mais lucrative tournée aux États-Unis.

A son retour, ses pièces nouvelles sont moins bien accueillies, malgré leur qualité (Le Docteur Ox, 1877; Maître Péronilla, 1878). Offenbach cultive alors une veine plus bourgeoise et patriotique pour reconquérir son public: Madame Favart (1878), La Fille du tambour-major (1879). Surmené, malade, il meurt le 5 octobre 1880 alors qu'il travaille à un opéra fantastique, Les Contes d'Hoffmann. Le triomphe remporté par cet ouvrage, Salle Favart le 10 février 1881, couronne la conquête de l'Opéra-Comique dont le remarquable Fantasio (1872) avait constitué la précédente étape. Aboutissement et non reniement, cet opéra ne peut être séparé des 140 autres œuvres scéniques représentées qui constituent le répertoire d'Offenbach et qui lui ont permis d'occuper une place unique - et prépondérante - dans la vie lyrique européenne au XIXe siècle.

Après Offenbach

Après Offenbach, plusieurs compositeurs ont perpétué la tradition de l'opérette française. Parmi les plus populaire, on trouve Charles Lecocq, dont le plus gros succès est La Fille de Madame Angot (1872).

A Paris dans le quartier des Halles, la fleuriste Clairette aime Ange Pitou, chansonnier et refuse d'épouser son promis le perruquier Pomponnet. Rusée, elle chante des airs révolutionnaires afin de se faire emprisonner et ainsi repousser son mariage. Elle ridiculise particulièrement dans une chanson Mlle Lange qui se révèle être une ancienne amie de pension. Jalouse de l'amour que Clairette a pour Pitou, Mlle Lange décide de comploter pour rompre cette union. Clairette n'est pas en reste et veut punir l'inconstance de Pitou par une manigance qui implique Mlle Lange. Les deux femmes finissent par "s'engueuler" copieusement. Clairette cède devant la beauté de sa rivale qui lui ravit Pitou. Elle consent à épouser Pomponnet.

Considéré comme un chef d'œuvre de l'opérette, le livret fait référence à une célèbre poissarde: Madame Angot, personnage de parvenue qui a inspiré plus d'un auteur. L'intrigue se situe dans le Paris du Directoire et met en présence des personnages fictifs et historiques.

Aussi bien à Bruxelles qu'à Paris quelques semaines plus tard, La Fille de Madame Angot reçut un accueil triomphal. À Paris, elle fut jouée 411 représentations consécutives, avec un succès qui rappelait celui des grandes opérettes d'Offenbach. Le mérite en revenait surtout à Lecocq et à ses librettistes car l'interprétation était tout au plus convenable.

 

1.1.3. Johan Strauss à Vienne.

Johan Strauss (1825-1899)

Les audiences viennoises ont accueilli les œuvres d'Offenbach avec un tel enthousiasme que les compositeurs locaux ont bientôt été "contraints" d'écrire eux-mêmes des opéras bouffes. Franz Von Suppe a pris la tête de ce mouvement avec de grands succès comme Die Schone Galathee (1865), mais les opérettes viennoises les plus mémorables de cette période ont été composée par "le Roi de la Valse", Johann Strauss.

Strauss était le musicien le plus populaire de son époque, en créant des valses et polkas qui ont fait danser le monde entier, de Moscou à Boston. Il admirait profondément les opérettes d'Offenbach et n'a jamais caché son désir d'en écrire lui-même. Ses premiers essais donnèrent des œuvres d'une qualité "mitigée", principalement à cause de la faiblesse des livrets. C'est alors qu'un librettiste viennois a apporté à Strauss un texte basé sur une pièce des librettistes d'Offenbach: Meilhac et Halevy. Après quelques adaptions légères, pour la rendre plus drôle pour les gens de la capitale austro-hongroise, l'œuvre a été présentée à Vienne.

Die Fledermaus ("La Chauve-Souris" – 1874) est l'histoire d'un homme qui veut se venger, gentiment, d'un de ses amis qui l'avait saoulé et l'avait abandonné sur le bord d'une route dans un costume de chauve-souris. L'auteur de cette plaisanterie est se retrouvera occupé à flirter avec sa propre femme lors d'un bal masqué où un jeu sur les identité a été mis en place.

En dépit d'une intrigue amusante et des succulentes mélodies de Strauss, Vienne est restée modestement enthousiaste au sujet de Die Fledermaus. L'œuvre a en fait été un énorme succès à Berlin et a été produite dans les grandes villes théâtrales avec des degrés variables de succès. Mais ce n'est qu'au début du XXème siècle que le public en a fait une référence.

Strauss écrira encore par après une dizaine d'opérettes, mais Die Fledermaus reste son œuvre théâtrale la plus populaire et celle qui le plus régulièrement se retrouve à l'affiche des opéras du monde. Carl Milloker (Der Bettlestudent / L'Étudiant-mendiant - 1882), Karl Zeller (Der Vogelhandler / L'oiselier - 1891) et d'autres compositeurs viennois ont continué à écrire des opérettes après Strauss, en créant bien souvent des mélodies luxuriantes et la satire sociale remplaçant les simples bouffonneries. Populaires à leur époque, ces opérettes mélodieuses seraient impossible à présenter aujourd'hui. Ce n'est qu'au début du XXème siècle que Vienne offrirait au monde un autre méga-succès avec Die Lustige Witwe (La Veuve Joyeuse - 1905).

Ce sont les anglais qui allaient prendre le relais d'Offenbach et porter l'opérette comique à un autre niveau, mais au cours du XIXème siècle, leur forme de spectacle musical a contribué grandement au son et à l'esprit des musicals: le music hall.