Des centaines de musicals se jouent tous les soirs dans le monde. Voci une liste (non exhaustive) des musicals - et de quelques autres spectacles - présentés dans quelques lieux où ils ont la prédilection.

1.2. Le Music-Hall anglais au XIXème siècle

1.2.1. Une chanson et ... une bière: le Music-Hall

L'extérieur de la Rotunda aux Ranelagh Gardens et une partie des plantations

Des "Jardins d'agrément publics" ont existé pendant des siècles. Dans la Rome antique, les Jardins de Salluste (Horti Sallustiani) ont été créés comme un jardin privé par l'historien Salluste. Ces jardins ont été acquis par l'empereur romain Tibère qui leur a donné un usage public. Contenant de nombreux pavillons, un temple de Vénus et des sculptures monumentales, les jardins sont ouverts au public depuis des siècles.

C'est au XVIIIème siècle, en plein air, sont apparus ce que les anglais ont appelé les Pleasure Gardens, qui se différentiaient des simples parcs par le fait qu'ils étaient aménagés pour le divertissement. En dehors des plantations, on pouvait y trouver des salles de concert, des ménageries ou des zoos, ....

L'intérieur de la Rotunda aux Ranelagh Gardens
   

Au début du XIXème siècle apparurent les premiers saloons qui proposaient des numéros de variétés et des beuveries... Un saloon était simplement un endroit où, en payant un droit d'admission, on pouvait accéder à un bar où se donnaient des spectacles de danse, de chant, et même des drames ou des comédies, ... . Le premier saloon à être vraiment connu à Londres est le Grecian Saloon, créé en 1825.

The Eagle Tavern était un pub situé sur le coin de la City Road et de la Shepherdess Walk à Hackney, dans le nord de Londres.

Ce vieux pub qui fut transformé en Music-Hall en 1825 et prit le nom de The Grecian Saloon. Charles Dickens était connu pour fréquenter ce Music-Hall. Une petite annecdote: le lieu a été racheté par l'Armée du Salut (et oui!) en 1883 parce qu'ils étaient totalement opposé à la consommation de boissons alcoolisées et à la représentation de spectacles musicaux. Le lieu fut plus tard démoli en 1901.

The Eagle Tavern
Marie Lloyd

Le Grecian Saloon est resté célèbre car Marie Lloyd (la future "Reine du Music-Hall anglais") y a fait ses débuts à l'âge de 14 ans. Mais ce théâtre reste célèbre aujourd'hui parce qu'il fait parties des paroles d'une célèbre chanson pour enfants:

Up and down the City Road
In and out The Eagle
That's the way the money goes
Pop goes the weasel.

Les autres lieux de ce type sont le Evan à Covent Garden, le Coal Hole sur le Strand, le Cyder Cellars dans la Maiden Lane, Covent Garden et le Mogul Saloon dans la Drury Lane.

En 1843, le Theatre Regulation Act supprime le privilège des théâtres et permet à un nombre beaucoup plus large d'établissement de jouer des pièces de théâtre. C'est alors que les Music-Hall vont apparaître. On part en général des établissement précédent qui s'adjoignent de véritables salles de spectacles. On pouvait les distinguer des théâtres en ce sens que dans les Music-Hall, les spectateurs sont assis à des tables et pouvaient boire de l'alcool tout en regardant le spectacle. Au théâtre, par contre, le public est assis dans un gradin et les bars se trouvent à l'extérieur de la salle principale.

Le format de la soirée était inchangé: un maître de cérémonie introduit les numéros chantés et dansés exécuté sur une simple scène, tout en essayant de garder l'ordre en frappant du marteau comme un juge. Il a toujours été permis de manger, de boire et de fumer durant les représentations. Le public, souvent exubérant de par l'alcool, chahutait ou accompagnait en chantant avec les artistes.

the London Pavilion, Picadilly Circus, Londres

    

La croissance des music-hall a été rapide et le phénomène s'est répandu dans toute l'Angleterre. En 1870, 31 grandes salles étaient recensées à Londres et 384 dans le reste du pays. Le succès ne se voyait pas que dans l'augmentation du nombre de salles, mais aussi dans la qualité de leur aménagement et des services offerts. En plus, les artistes devinrent tous des professionnels. Ils jouaient le même soir dans plusieurs Music-Hall et faisaient souvent des tournées en province. On pourrait dire que le Music-Hall était la télévision de l'époque. Ses stars étaient populaires à un point qu'il est difficile d'imaginer aujourd'hui. Ils interprétaient des chansons qui avaient été écrites directement pour eux, et des autorisations devaient être accordées si d'autres voulaient les chanter en public.

Après une stabilisation dans les années 1870, le Music-Hall connut une seconde période d'expansion. Le London Pavilion a été rénové en 1885 et intégra de nombreux concepts d'architecture théâtral classique.

Auditorium of the New London Pavilion

     

Cela a mené a une période beaucoup plus "classieuse". Les sièges était fixés au sol au parterre et les artistes étaient plus distants des spectateurs. Des mesures de sécurités furent votées et cela augmenta fortement les coûts de gestion de telles salles. En plus, les stars ne cessaient d'exiger des augmentations de cachet. Ces deux faits obligèrent les propriétaires de Music-Hall à se regrouper en "grande chaines" de salles: Moss, Stoll et Thornton avec leurs "Empires" et "Palaces" commencèrent à dominer le marché.

Empire Theatre - Leicester Square - Londres

Des changements eurent aussi lieux dans les réglementations qui instaurèrent l'obligation d'avoir des autorisations pour pouvoir jouer de la musique ou présenter des spectacles de danse.

Cela permit toute une série de pressions et de "censures". La plus connue est la suivante: à l'été 1894, des membres de la National Vigilance Society, menée par la célèbre Laura Ormiston Chant, s'en prit au Empire Theatre of Varieties situé sur Leicester Square (et qui est actuellement un cinéma), et son brillant directeur au moment où il essayait de renouveler sa licence d'exploitation.

Persuadée que le théâtre était fréquenté la nuit par des prostituées à la recherche de clients, que les costumes lors des scènes de ballets étaient indécents et que la moralité était souvent bafouée, Chant demanda au London County Council de soit retirer sa licence au théâtre soit de lui imposer de profonds changements dans les spectacles présentés et les spectateurs admis.

Les restrictions de licences qui s'ensuivirent et surtout le débat public que cette affaire suscita, posent des questions sociales, culturelles, intellectuelles et morales, toujours pertinentes de nos jours.

Une autre restriction qui s'en suivit fut la prohibition de l'alcool dans les nouvelles salles qui s'ouvraient. En 1909, dans les 29 salles appartenant à Stoll, seulement 8 avaient des licences pour la vente d'alcool.

Le fait que la majorité des salles étaient détenue par quelques familles, empêchant ainsi toute concurrence, permit d'exiger des artistes de beaucoup prester pour de faibles cachets. Cela mena à la création d'un syndicat d'artistes et à la première grève du monde du music-hall en 1907, connue sous le nom de "The Music Hall War".

En 1912, le music-hall gagna encore un niveau de respectabilité avec la création de la Royal Command Performance: une soirée de gala annuelle en présence de membres de la famille royale et où sont exécutés des numéros de music hall. Cette soirée existe toujours de nos jours où les musicals tiennent une place importante.

Le London County Council, après une série d'incendies dans des théâtres et des mucic halls, interdit de manière définitive la nourriture et les boissons en 1914. A partir de ce moment là, les music halls devaient être gérés comme des théâtres. L'arrivée du cinéma, du disque et de la radio allait finir de faire disparaitre ce genre de spectacle.

 

1.2.2. Les stars du Music-Hall

Les enregistrements que nous possédons encore de certaines stars du music hall de l'époque montrent que peu d'entre elles avaient de grandes voix. Leurs qualités principales étaient d'avoir de l'énergie et de la personnalité. Les plus grands artistes de music-hall avaient ces deux qualités.

Marie LLoyd a été l'une des stars les plus adulées. Elle avait une réputation des plus scandaleuses.

Les chansons de Lloyd, même si à notre époque n'émoustilleraient plus personne, étaient jugée comme très directe à l'époque et étaient connues pour leur double sens, qu'elle faisait apparaitre en les interprétant, ajoutant bon nombre de geste et de clins d'yeux, créant par là même un rapport très complice avec son public.

Elle est devenue la cible de Comités de Vigilance qui tentaient de faire fermer les music-halls. Elle adorait se plaindre que rien d'immoral ne se trouvait dans ses chansons et qu'elle était disponible pour aller les chanter devant les Comités pour qu'ils puissent juger en connaissance de cause.

Lors d'un incident fameux, elle fut convoquée devant l'un de ses Comités où on lui demanda d'interpréter ses chansons. Elle chanta Oh! Mr Porter et A Little of What you Fancy d'une manière si douce et tendre que les membres du Comité ne purent rien retenir contre elle.

 

Aux États-Unis, deux formes de revue musicale se sont développé durant le XIXème siècle. L'une était obscène et l'autre était l'incarnation du racisme. Elles ont prospéré toutes deux pour des décennies et étaient les précurseurs de théâtre musical en Amérique.