Des centaines de musicals se jouent tous les soirs dans le monde. Voci une liste (non exhaustive) des musicals - et de quelques autres spectacles - présentés dans quelques lieux où ils ont la prédilection.

1.3. Les 'Variety' américaines et le Barnum Amrican Museum

1.3.1. Les Variety Houses

Les Variety était une forme très populaire de divertissement sur scène aux Etats-Unis au milieu du XIXème siècle. Trouvant son origine dans les spectacles de Saloon, ils étaient tout sauf raffinés. Des numéros de cirque, des chanteurs, des danseurs, et des comiques obscènes étaient proposés dans des proportions qui dépendaient des goûts des managers du lieu. En fait, c'était eux qu'y s'étaient baptisé du terme ronflant de manager, alors qu'ils n'étaient que des tenanciers de bars.

L'historien Luc Sante affirme que les Variety est né dans le Saloon Bowery à Manhattan durant les années 1840. Ce type de spectacle a vite été copié dans tous les Etats-Unis. Douglas Gilbert souligne que n'importe quelle église abandonnée, n'importe quelle grange ou entrepôt pouvait être transformé pour accueillir des Variety. Les lieux étaient souvent miteux mais rapportaient presuqe toujours de l'argent. Les propriétaires leur donnaient les noms ronflants de "palaces," "museums," "free and easies" ou "wine halls," mais les artistes parlaient plutôt de "slabs," "dumps" et "honky-tonks." Quoi qu'il en soit, c'étaient toujours de simples saloons.

Le lieu de Variety le plus prestigieux en Amérique était le Koster and Bial sur la West 23rd Street à New York City. Cette salle était la plus prisée avant la période du Vaudeville. Chaque ville des USA possédait un lieu qui ressemblait à une Variety House , y compris les lieux les plus repoussés du "wild west". Soulignons une fois de plus que ni les shows, ni les spectateurs n'étaient connus pour leur sophistication.

Koster & Bial's Music Hall on 23rd Street

    

«Le public, totalement masculin, n'était certainement pas très intelligent, une situtation encorte grandement empirée par la consommation massive d'alcool. Les plaisenteries étaient par conséquent toujours très ... lourdes. Les jours où des personnalités purraient s'exprimer avec subtilité, danser avec grâce et technique, révéler des techniques impressionnante, restaient à venir

American Vaudeville: Its Life and Times" - Douglas Gilbert - p. 26.

«Des années 1850 jusque 1900, les hommes, souvent sous l'emprise de l'alcool, sifflaient et raillent les mauvais, criaient leur encouragements aux héros, s'esclaffait des clowneries des comédiens drôles et arrêtait le spectacle quand il n'était pas ... assez drôle»

"steppin' Out: New York Nightlife and the Transformation of American Culture 1890-1930" - Lewis A. Erenberg - Chicago: University of Chicago Press, 1981

Les organisateurs de spectacles de Variety ne recherchaient pas à obtenir un public familial. Tant que des femmes "respectables" ne pénétreraient pas dans leurs établissements, ils étaient sûrs que les maris et les fils pourraient festoyer sans danger. Des chahuts, des bagarres, et mêmes quelques coups de feu, n'étaient pas rares dans ces lieux enfumés. Les artistes supportaient tout ce tapage pour gagner un salaire de $15 par semaine – ce qui était vraiment bien au milieu du XIXème siècle.

Dans de nombreuses Variety Houses, des "serveuses" semblaient offrir des liqueurs avantageuses, à de hauts prix, mais c'était bien souvent du tapinage. Après avoir chanté dans le numéro d'ouverture, ces femmes, plutôt déshabillées, rejoignaient le public où elles s'asseyaient parmi les hommes et recevaient une commission sur les verres que leurs clients commandaient. Des alcôves dotées de rideaux ou des pièces privées étaient prévues pour que les serveuses puissent inviter leurs clients à devenir ... plus intimes. Les filles poussaient les clients à continuer à boire, jetant leurs propres boissons ou buvant de l'eau. Quand un client était suffisamment saoul, les femmes lui faisaient les poches avant de le jeter hors du bar - sans lui prodiguer la moindre faveur sexuelle. Si les clients insistaient, les serveuses les envoyaient chez des amies à l'étage, amies qui exerçaient le plus vieux métier du monde. Bien sûr, les serveuses touchaient à ce moment encore une commission.

 

1.3.2. Les 'museum'

Quand les pasteurs, les journalistes et les responsables politiques condamnèrent le niveau exécrable des loisirs populaires, certains responsables de Variety Houses, essayèrent de donner un air respectable à leur maison en les nommant "museum". Le plus connu était l'American Museum de P.T. Barnum doté d'une salle de 3 000 sièges. Les spectateurs flânaient à travers une exposition "pédagogique" de monstres et de curiosités visuelles, suivie de numéros de Variety et aussi d'une prestation dramatique instructive. 

Se voyant comme une alternative à l'environnement théâtral plutôt dégénéré, Barnum a déclaré:

 "J'ai aboli toute vulgarité ou blasphème de la scène, et je veille moi-même à ce que les parents et les enfants puissent assister aux performances dramatiques dans la Lecture Room, sans être bouleversés ou offensés par n'importe quoi qu'ils puissent voir ou entendre."

Neil Harris souligne:

 "Les Lecture Room n'étaient pas des théâtres, mais ils pouvaient faire ce que faisaient des théâtres: présenter des actes dramatiques ou même de variété sous le couvert d'éducation et de divertissement grand public."

Barnum's American Museum - Broadway et Ann Street- 1851
L'intérieur de la première grande salle du Barnum's American Museum

 

La "Lecture Room" de 3000 places du Barnum's American Museum

Barnum a écrit dans son autobiographie:

"Mon but est de présenter dans les Lecture Room des pièces moralisatrices et éducatives, écrites spécifiquement pour mon établissement et construites de sortes qu'elles plaisent tout en édifiant le public." Barnum lui-même était un ancien alcoolique qui s'était soigné et était un partisan du mouvement de la modération.

Barnum's American Museum - 1874

 

'What is it?', an act shown at The Royal Surrey Zoological Gardens, c.1846, Evan.2878

La combinaison de drames moraux et de "curiosités humaines" a élargi le public sensibilisé aux spectacles de Barnum. Le Museum de Barnum était un lieu sûr où les hommes, les femmes et les enfants pouvaient s'amuser et s'instruire à moindre coût: 25 cents. Il a lancé des méthodes publicitaires très efficaces où il suscitait la curiosité des gens avec des grandes questions du type: "Est-ce un homme ou un animal?" (cf ci-dessus) dans une exposition.

"Est-ce un homme ou est-ce un animal?"
Les méthodes de publicité utilisées par Barnum ont encouragé des protecteurs de musée à établir leurs propres explications au sujet de certains objets exposés. Mais que penser d'une question telle que "Est-ce un homme ou est un animal" dans une exposition où l'on montre un homme noir?

Barnum se prenait par Gdlà-même pour un biologiste et s'arrogeait le droit de déterminer si l' "objet" exposé était un être humain ou un animal. Jugée aujourd'hui, l'exposition What is it? était profondément raciste. Mais on pourrait dire qu'il s'agissait d'un racisme "soft", pas pire que celui qui a poussé les nations européennes à conquérir les pays africain pour les "éduquer", ce que nous appelons le colonialisme.

Le sujet était très à la mode à l'époque et l'exposition a été inaugurée moins de trois mois après la publication du livre de Darwin, qui allait changer la biologie, De l'origine des espèces.

William Henry Johnson, a assumé le rôle de l'homme-animal durant plus de 40 années. Johnson était un homme handicapé mentalement qui avait été vendu au monde du spectacle par sa famille. Sa carrière avec Barnum a été assez lucrative pour lui: il a même possédé une maison dans le Connecticut qui était un cadeau de Barnum.

Initialement démocrate, Barnum devint avec les années Républicain. Il écrit dans Struggles and Triumphs: "L'homme noir possède une caractère confiant teinté d'un enthousiasme religieux et n'est pas caractérisé par un esprit de vengeance. Son âme peut paraître assoupie, son cerveau inactif, mais il possède de la vitalité."

Pour une seule matinée, le 1er mars 1849, Barnum permit à des "hommes de couleur respectables" d'accéder au Museum.

On retrouve cela dans le dernier paragraphe de l'annonce ci-contre.

C'est la seule et unique occasion qu'eurent les gens de couleur de visiter l'exposition avant les années 1860 où tout fut modifié suite à la Guerre de Sécession.

On peut remarquer dans la même annonce que le nombre d'attractions proposées est énorme et très diversifié. L'American Museum de Barnum a eu un succès que l'on imagine difficilement à notre époque.

De 1842 à 1865, plus de 30 millions de tickets ont été vendus.

Ce qui est collossal. Mais surtout, il s'agit de la première forme, aux Etats-Unis du moins, de spectacle familial.

Pour voir le programme de 1850 de l'American Museum:

Le 13 juillet 1865, l'American Museum partit en fumées dans un terrible incendie... La chose reste énigmatique. En effet, dans la nuit du 25 novembre 1964, une série d'incendies avaient été déclenchés dans d'importants bâtiments de New-York par les Confédérés (Guerre de Sécession) avec pour intention de mettre feu à toute la ville. L'un de ces bâtiments était l'American Theatre de Barnum.

Ces premiers feux de novembre avaient été vite maîtrisés mais Barnum publia le lendemain dans la presse un communiqué pour rassurer le public:

 "In view of the announcement in the morning papers of the attempt to fire my Museum last night, as well as other public buildings, I wish to state the following facts: Everyday from sunrise until ten o'clock P.M., I have eleven persons continually on the different floors of the Museum, looking to the comfort of visitors, and ready at a moment's warning to extinguish any fire that might appear. From 10 o'clock at night until sunrise, I have from six to twelve persons in the Museum engaged as watchmen, sweepers, painters, &c." Pour lire la suite:

Les Museumde Barnum n'étaient pas vu que positivement. Il faut dire qu'à la même époque, à Londres par exemple, de "vrais" musées s'ouvraient, avec une vraie démarche scientifique. Il suffit de considérer le Musée d'Histoire Naturelle de Londres...

Les habitants les plus cultivés de New-York considéraient le Museum de Barnum avec un grand dédain comme le montre l'article d'un journal protestant, The Nation, lu par un lectorat cultivé et qui parut moins de quinze jours après l'incendie:

 "Barnum’s Museum is gone at last. It has fallen before that conflagration with which it has often been threatened, and which it has more than once barely escaped. The children will miss an accustomed place of amusement for their Saturday vacations. The occasional visitors to the city from the "rural districts" will no longer yield to its irresistible attractions. The worst and most corrupt classes of our people must seek some new place of resort, and other opportunities of meeting one another. A most dangerous man-trap is removed and without loss of human life. These four considerations make the sober citizen of New York hesitate whether to regret this burning and destruction or not." Pour lire la suite:

Barnum ouvrit très rapidement un autre Museum, toujours à New-York, au coin de la Spring Street et de Broadway. Mais, le 2 mars 1868, bizarrement, il fut également détruit par le feu. C'était une nuit où la température était sous zéro degré et le bâtiment détruit fut longtemps comme un énorme bloc de glace suite à l'arrosage des pompiers...

Les pompiers durent abattre bon nombre d'animaux qui tentaient de fuir les flammes.

 

A partir de ce moment-là, Barnum allait se lancer dans le cirque, avec le succès qu'on lui connait.

 

Dans les années 1880 allait apparaitre une forme plus sophistiquée de divertissement: le Vaudeville (). Mais avant de s'intéresser à cette sorte de spectacle, attardons nous encore sur une forme qui a coexisté avec les Variety: les Minstrels shows ().