Dans l'histoire foisonnante des musicals, il y a un moment qui est particulièrement marqué de honte: les Minstrels Shows qui étaient profondément et ouvertement racistes.

1.4. Les 'Minstrels Shows'

1.4.1. Introduction

Thomas Dartmouth Rice

 

Le Minstrel Show, était un divertissement américain qui consistait en des sketches satiriques comiques, de la danse et de la musique, exécutés par des blancs dont le visage était maquillé en noir - ce que les américains appellent blackface - ou, surtout après la Guerre Civile américaine, des Américains noirs.

Les Minstrel ont dépeint, et ridiculisé, les noirs en les présentant sous des traits stéréotypés et le plus souvent désobligeants: on les montre comme ignorants, paresseux, bouffons, superstitieux, joyeux et musiciens.

Au début des années 1830, le Minstrel fut d'abord un simple sketche burlesque et comique, joué entre d'autres œuvres. Il s'est ensuite affirmé comme une forme à part entière dans la décennie suivante.

A la fin du XIXème siècle, il n'était plus que l'ombre de lui-même, un autre genre étant devenu beaucoup plus populaire: le vaudeville. Il a survécu sous la forme de divertissement professionnel jusqu'approximativement 1910. Par contre, des représentations données par des troupes d'amateurs ont continué jusqu'aux années 1950 dans bon nombre de lycées ou dans des théâtres locaux.

Au moment où les noirs américains ont commencé à marquer des victoires politiques leur apportant des armes légales et sociales contre racisme, les minstrels ont pratiquement disparu.

1.4.2. Histoire des Minstrels Shows

1.4.2.1. Avant les Minstrels: les Blackface

Blackface et Minstrels ne sont pas de vrais synonymes. Les Blackface ont précédé de plusieurs dizaine d'années les premiers show minstrels.

«America was crazy for blackface. To the twanging thwang of the banjo, and the clatter of tambo and bones – tambourine and bone castanets – white men smeared burnt cork on their faces to sing, waggle their legs in imitation of blacks dancing, and tell jokes in "negro" dialect. Between 1750 and 1843, over 5,000 theater and circus productions included blackface.»

The Most Famous Man You've Never Heard Of" - David Carlyou, Dan Rice - New York: Public Affairs, 2001), p. 46.

Des caractères Blackface ont commencé à paraître sur les scènes américaines à la fin du 17ème siècle. Dans un premier temps, il s'agit de petits rôles, souvent de domestiques, au sein de pièces classiques et qui ont pour but de faire rire. Ensuite, ils sont apparus dans des sketches entiers où ils étaient représentés lors des entr'actes dans les théâtres de New York et dans des lieux moins respectables, comme des auberges et des cirques.

1.4.2.2. Le tournant: "Jump Jim Crow"

Le numéro de danse et de chant Jump Jim Crow signé Thomas Dartmouth Rice a apporté la performance du blackface à un nouveau niveau au début des années 1830. Cette chanson est devenu ce que l'on appellerait à notre époque un tube. Et même un tube international puisque un ambassadeur américain siganlera que lors d'une visite au Mexique, il avait entendu chanter cette chanson. Au plus haut du succès de Thomas Dartmouth Rice, le Boston Post a écrit:

 «Les deux personnages les plus populaires aujourd'hui dans le monde sont la Reine Victoria d'Angleterre et Jim Crow.»

Mais Jim Crow est devenu bien plus qu'une chanson populaire. Il est d'abord devenu l'un des personnages classiques des minstrels - un peu comme on a des personnages typiques dans la Commedia dell'arte (Arlequin, Pantalon, ...). Mais il allait devenir un autre symbole, moins "plaisant".

Jim Crow était né en 1828. Il a commencé son étrange carrière comme la caricature d'un homme noir créé par un homme blanc pour amuser des audiences blanches. Mais dans les années 1880, il était devenu un système de lois - les Jim Crow Laws - qui organisaient la séparation des blancs et des noirs dans les états du Sud.

En effet, avant la Guerre de Sécession, les noirs n'avaient pas les mêmes droits que les blancs. Après la Guerre, tout cela fut modifié mais on garda une séparation (dans les bus, dans les lieux publics, ...) entre les blancs et les noirs. C'est cette séparation qu'organisaient les Jim Crow Laws.

Voici le texte de cette chanson:

Version originale Version en anglais moderne
Come, listen, all you gals and boys,
I'm just from Tuckyhoe
I'm gwine to sing a little song,
My name's Jim Crow.

Chorus: Wheel about,
an' turn about,
an' do jis so
Eb'ry time I wheel about,
I jump Jim Crow.

I went down to de river,
I didn't mean to stay
But there I see so many gals,
I couldn't get away.

I'm rorer on de fiddle,
an' down in ole Virginny
Dey say I play de skientific,
like massa Pagganninny.

I cut so many munky shines,
I dance de galloppade
An' w'en I done, I res' my head,
on shubble, hoe or spade.

I met Miss Dina Scrub one day,
I gib her sich a buss
An' den she turn an' slap my face,
an' make a mighty fuss.

De udder gals dey 'gin to fight,
I tel'd dem wait a bit
I'd hab dem all, jis one by one,
as I tourt fit.

I wip de lion ob de west,
I eat de alligator
I put more water in my mouf,
den boil ten load ob 'tator.

De way dey bake de hoe cake,
Virginny nebber tire
Dey put de doe upon de foot,
an' stick 'em in de fire
Come, listen, all you girls and boys,
I'm just from Tuckahoe
I'm going to sing a little song,
My name's Jim Crow.

Chorus: Wheel about,
and turn about,
and do just so
Every time I wheel about,
I jump Jim Crow.

I went down to the river,
I didn't mean to stay
But there I saw so many girls,
I couldn't get away.

I'm roaring on the fiddle,
and down in old Virginia
They say I play the scientific,
like master Paganini,

I cut so many monkey shines,
I dance the galoppade
And when I'm done, I rest my head,
on shovel, hoe or spade.

I met Miss Dina Scrub one day,
I give her such a buss [kiss]
And then she turn and slap my face,
and make a mighty fuss.

The other gals are going to fight,
I told them wait a bit
I'd have them all, just one by one,
as I thought fit.

I whip the lion of the west,
I eat the alligator
I put more water in my mouth,
then boil ten loads of potatoes.

The way they bake the hoe cake,
Virginia never tire
They put the dough upon the foot,
and stick them in the fire.  

1.4.2.3. Les créateurs: les Virginia Minstrels

 

En 1843, quatre artistes blackface menés par Dan Emmett se sont associés pour organiser un concert au New York Bowery Amphithéâtre, occasion pour laquelle ils se sont baptisé les Virginia Minstrels. Le Minstrel comme divertissement d'une soirée complète était né. Le spectacle était une petite structure: les quatre artistes étaient disposés en demi-cercle pour jouer des chansons et échanger des bons mots. On commençait en général par un monologue comique qui débouchait sur une chanson issue des "plantations".

Le terme Minstrel avait été attribué jusque là à des groupes de chanteurs blancs itinérants, mais Emmett et ses compagnons, vu leur énorme succès, l'ont rendu synonyme de performance de blackface. En utilisant cette dénomination ils ont voulu aussi montrer qu'ils se différenciaient des sketches de blackface pour présenter des spectacle complets, destiné à un autre public, plus bourgeois.

Le Herald a écrit que la production était

 «entièrement exempte des vulgarités et d'autres traits inacceptables qui avaient caractérisé les œuvres fantaisistes nègres jusqu'ici.»

En 1845, les Ethiopian Serenaders, une autre troupe de Minstrels, ont supprimé de leur spectacle tout humour "facile" et ont dépassé en popularité les Virginia Minstrels.

Quelques temps plus tard, Edwin Pearce Christy a fondé les Christy's Minstrels, en combinant le chant raffiné des Ethiopian Serenadersavec les blagues peu relevées des Virginia Minstrels. Ce sont les Christy's Minstrels qui ont établi le modèle en trois actes auxquels les spectacles de minstrel allaient se conformer durant les décennies suivantes.

Cette évolution vers la respectabilité poussa les propriétaires de dalle de théâtre à mettre en vigueur de nouvelles règles pour rendre ces théâtres plus calmes et plus tranquilles.

1.4.2.4. La période de grand succès

Les Minstrels ont finalement tourné un peu comme le faisaient les compagnies d'opéra, de cirques ou bien encore les artistes de cabarets européens. Ils passaient de magnifiques maisons d'opéra à des arrière-salles dans des auberges de fortune. Mais alors, c'était quoi, cette vie sur les routes? Jouer chaque jour dans un lieu différent, voyager en train (ce qui à l'époque est vraiment dangereux vu le nombre d'accidents), vivre dans de pauvres masures en bois qui risquent de prendre feu, jouer dans de grand lieux vides qu'il faut chaque fois transformer en théâtre, faire face aux arrestations quand on ne sait plus assumer les charges financières, être exposé aux pires maladies, et supporter des directeurs et des agents qui ont piqué tout l'argent de la troupe.

Les groupes les plus populaires arpentaient les meilleurs lieux, soit le Nord-Est des Etats-Unis. Certains partiront même faire une tournée en Europe mais cela se fera bien souvent à leurs dépens, car d'autres troupes en profiteront pour prendre leur place aux Etats-Unis. A la fin des années 1840, une tournée s'est organisée dans le Sud qui allait de Baltimore à la Nouvelle-Orléans. Mais des tournée se ont ensuite déroulées dans le Midwest et jusqu'en Californie dans les années 1860.

Avec le succès qui augmentait, certaines salles de théâtre se sont "spécialisées" dans la présentation des Minstrels. Les noms de ces salles peuvent surprendre aujourd'hui: The Ethiopian Opera n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Beaucoup de troupe d'amateurs se forment, jouent plusieurs représentations et puis s'auto-dissolvent.

1.4.2.5. Le déclin

Les Minstrels ont perdu une grande partie de leur popularité durant la Guerre de Sécession, qui, rappelons-le, opposait le Nord et el Sud du pays au sujet de la réduction des noirs en esclavage. Dans le Nord, de nouveaux type de divertissement apparaissent: les Variety (), les Museum () comme celui de P. T. Barnum. Les troupes de Minstrel se produisent bien plus dans le Sud, où même si la guerre était perdue, on restait bien souvent nostalgique de l'époque de l'esclavagisme et l'on y riait facilement des noirs.