L'histoire de ce théâtre hors normes
2) La reconstruction du Globe Theatre III (1997)

Sam Wanamaker devant la maquette de sa vision du projet «Shakespeare Globe».
On voit déjà au fond, sous son bras à gauche, ce qui est maintenant
le Sam Wanamaker Playhouse.

Le Globe actuel est en fait le Globe III. C'est l'oeuvre de très nombreuses personnes, mais le Globe III n'aurait jamais existé sans lobstination d'un homme, Sam Wanamaker.

Lorsque Sam Wanamaker a commencé à imaginer reconstruire le Shakespeare Globe Theatre en 1970, il avait déjà décidé qu’un théâtre intérieur ferait partie intégrante de ses plans, afin que le lieu puisse présenter des œuvres au cours de l’hiver mais aussi, et surtout, pour que tous les aspects de l’art dramatique de l’époque de Shakespeare puissent être explorés et présentés au grand public.

Le théâtre qui a été construit après des années d'interrogation est une pure merveille. Une merveille architeturale mais aussi et surtout un outil théâtral hors du commun.

Le Globe III

Un rêve de longue haleine

Le projet de reconstruire le Globe de Shakespeare a été initié par l’acteur, metteur en scène et producteur américain Sam Wanamaker après sa première visite à Londres en 1949. Vingt et un ans plus tard, en 1970, il a fondé ce qui allait devenir le Shakespeare Globe Trust, dédié à la reconstruction du théâtre et à la création d’un centre pédagogique et d’exposition permanente. Sans aucune relâche, il a passé 23 ans à collecter des fonds, à faire avancer les recherches les plus précises quant au Globe Theatre original et à planifier la reconstruction avec l’architecte Theo Crosby. Sam Wanamaker est mort en 1993. A ce moment, le site allant accueillir la reconstruction avait été acquis, la crypte accueillant les espaces d’exposition était finalisée et quelques rares premiers éléments en bois du théâtre étaient en place. Mais il n’a donc pu voir son œuvre achevée. Trois et demi ans plus tard, la construction du théâtre a été finalisée.

A quoi ressemblait le premier Globe? Personne ne le sait avec certitude. Des représentations imprimés, telles que celles de John Norden et Wenceslaus Hollar, donnent une idée de l’extérieur du théâtre; des témoignages écrits (généralement par des visiteurs du continent), des contrats de construction et un croquis (du théâtre Swan) nous parlent un peu l’intérieur. En outre, il y a des descriptions suggestives incluses dans les pièces de théâtre elles-mêmes, tels que le célèbre chœur qui commence Henry V: «And shall this cockpit hold the vasty fields of France / Or may we cram within this wooden ‘O’...»

Quoi qu’il en soit, le Globe lui-même n’était pas un bâtiment vraiment circulaire. Les fouilles archéologiques du Rose Theatre en 1989 ont révélé ce que la plupart des savants avaient longtemps soupçonné : les théâtres élisabéthains était des édifices polygonaux. La même année, une petite partie des vestiges du Globe lui-même a été fouillée, ce qui a permis d’obtenir deux conclusions importantes: c’était un bâtiment de 20 faces d’un diamètre de 30,5 mètres.

Les techniques utilisées dans la reconstruction du théâtre ont été minutieusement respectées. Du Chêne «vert» a été coupé et façonné selon les pratiques du 16ème siècle et assemblé en parois à deux dimensions sur le site du Bankside; des poutres et des lattes de chêne supportent les enduits de chaux mélangée selon une recette contemporaine; les murs sont couverts de chaux blanche. Le toit est fait de chaume de roseau, suite à des échantillons retrouvés lors de fouilles.

La scène est l’aspect plus conjecturel de la reconstruction. En effet, presque aucun élément informatif ou archéologique n’existe concernant la scène de l’époque. En pratique, la scène du Globe actuel a été créée sur base de bâtiments du XVème siècle et sur l’avis d’acteurs et de metteurs en scène qui ont participé au «Workshop» de 1995 et à la saison «Prologue» de 1996.

En dehors des concessions obligatoires pour se conformer aux réglementations modernes anti-incendie tels que sorties supplémentaires, éclairages de secours, matériaux ignifugés et certaines machines modernes dans les coulisses, le Globe est une reconstruction du Globe 1599 aussi précise que possible en fonction des preuves disponibles.

La reconstruction est aussi fidèle à l’original que les érudits modernes et les artisans traditionnels ont pu le faire mais, bien sûr, ce Globe est – et est susceptible de demeurer – ni plus ni moins la «meilleure estimation» du théâtre de Shakespeare.

Sam Wanamaker

Eléments de biographie

Sam Wanamaker est né à Chicago le 14 juin 1919.

Son premier emploi au théâtre a été de jouer du Shakespeare, ironiquement dans une recon,struction d’un théâtre du Globe qui était l’un des points forts d’une exposition de la Great Lakes’ World Fair, à Cleveland dans l’Ohio. Cette première expérience a fortement influencé toute sa carrière.

Après une période passée à l’armée dans le Pacifique Sud durant la seconde guerre mondiale, Sam revient aux États-Unis où il a obtient son premier «grand rôle» à Broadway à l’âge de 27 ans, jouant avec Ingrid Bergman dans Joan of Lorraine. Après deux semaines de répétitions, il a repris la mise en scène de la pièce qui est devenue un énorme succès. Après avoir produit, mis en scène et joué dans plusieurs pièces à Broadway, il s’installe à Hollywood où il dirige et joue dans une floppée de films.

En 1949, Sam a effectué sa première visite en Angleterre pour jouer dans le film Give Us This Day. Il est revenu en 1951 pour un autre film et est resté pour produire, diriger et jouer dans les étoiles dans Winter Journey de Clifford Odets avec Sir Michael Redgrave. A ce moment-là, il a décidé de rester en Grande-Bretagne. Sam a eu sa propre compagnie de théâtre à Liverpool, y reprenant le Shakespeare Theatre. Là, il a créé historiquement le premier centre théâtral en Grande-Bretagne. Il poursuivi en parallèle sa carrière d’acteur, jouant Iago avec le Royal Shakespeare Theatre dans Othello en face de Paul Robeson.

En 1960, Sam revient aux États-Unis pour jouer dans Macbeth à Chicago et à Broadway dans A Far Country, une pièce sur Sigmund Freud. Il a ensuite animé et réalisé une douzaine d’émissions de télévision pour les grands réseaux américains, tout en continuant à jouer et diriger plus de 50 films dont The Spy Who Came in from the Cold, Those Magnificent Men in Their Flying Machines, Superman IV, Baby Boom et Guilty by Suspicion face à Robert De Niro. Il a également participé à deux séries télévisées, Holocauste et The Berengers, sa propre série.

Sam a également mis en scène des opéras, notamment War and Peace pour l’ouverture de l’Opéra de Sydney, deux nouveaux opéras de Sir Michael Tippett à Covent Garden (King Priam et Icebreak), ainsi que Forza del Destino. Il a dirigé les débuts de Pavarotti dans Aida à San Francisco et Tosca à San Diego, et a signé la mise en scène du Gala du 25e anniversaire de l’Opéra de Chicago.

En 1970, Sam fonde le Shakespeare Globe Trust et l’International Shakespeare Globe Centre - la tentative ultime de construire une reconstitution fidèle du Globe de Shakespeare à proximité de sa localisation originelle Bankside, dans le Southwark. Il a également créé le Musée du Shakespeare Globe.

Alors que beaucoup ont affirmé que la reconstruction du Globe était impossible, il a persévéré pendant plus de vingt ans, surmontant une série d’obstacles monumentaux. Lors de la royale inauguration de deux sections du Globe en juin 1992, Sam savait que sa vie touchait à sa fin.

En juillet 1993, Sam Wanamaker a été fait Commandeur Honoraire de l’Empire Britannique (CBE) par la Reine, pour souligner la contribution remarquable qu’il avait portée aux relations entre la Grande-Bretagne et les États-Unis et, bien sûr, pour tout ce qu’il a accompli au nom du projet Shakespeare Globe.

Il est mort à Londres le 18 décembre 1993.

The Globe a été inquguré par Sa Majesté la Reine en juin 1997.